L’épreuve de vague: une tâche comportant une forte incertitude


Dans le domaine de la psychologie du travail, Poulton en 1957 a élaboré une classification des habiletés motrices en référence à la prévisibilité de l’environnement. Une habileté réalisée dans un environnement prévisible est une habileté fermée, c’est-à-dire qu’elle n’exige pas de son auteur une anticipation des variations environnementales. A l’opposé, lorsque le pratiquant évolue dans un environnement instable, il met en œuvre des habiletés ouvertes.

Reprenant la classification de Poulton, Knapp (1963) a fait évoluer son caractère dichotomique, en proposant de classer les activités physiques et sportives (APS) sur un continuum. Elle a considéré que chaque tâche engage à la fois des habiletés fermées et des habiletés ouvertes dans des proportions variables. Ainsi, elle a caractérisé les disciplines sportives par les degrés « d’habitude » et « d’adaptation » mis en œuvre.

Ces deux auteurs se sont attachés à classer les APS à partir des processus d’anticipation. Partant de la distinction « ouverte-fermée », Gentile, Higgins, Miller et Rosen (1975) ont élaboré un principe de classification non plus à partir de processus non observables mais à partir des caractéristiques objectives de la tâche. Ils n’ont plus considéré les habiletés sollicitées, mais ont parlé de tâches, ouvertes ou fermées, en fonction des conditions environnementales dans lesquelles s’effectue le geste (pour une revue, Famose, 1990).

Qu’elles concernent les ressources requises ou les conditions objectives de la tâche, les différentes classifications précédentes s’élaborent à partir de l’incertitude de l’environnement. Sur cette base, Famose (1983) a répertorié et défini les différents types d’incertitudes liées au contrôle moteur. La mise en relation de ces différents descripteurs de la tâche ont conduit Famose à élaborer un « profil de difficulté objective de la tâche motrice » servant de fondement à un système de classification de l’ensemble des tâches motrices.

  • Le funboarder est contraint par un environnement incertain et aléatoire.
    • La force et la direction du vent évoluent.
    • La puissance, la taille et la forme des vagues constituent des contraintes dynamiques peu prévisibles tant au niveau de la configuration générale du site que de l’évolution de chaque vague.
    • Les courants se modifient en fonction de la marée et des vagues.
    • De plus, confronté à un ou plusieurs adversaires, eux-mêmes contraints par l’environnement incertain et aléatoire, le funboarder ne peut prévoir leurs actions de manière précise.
  • De plus, le but, élément de classification de la tâche, est peu défini. En effet, si le funboarder doit au cours du heat réaliser des figures de sauts et de surfs dans un espace et un temps défini, il est libre dans l’évolution. Ce caractère peu défini du but laisse ouverte de multiples possibilités de réalisation.
  • L’évolution du funboarder est constituée d’un certain nombre de figures de sauts et de surfs. L’exécution des figures, associant individu et engin, exige un contrôle moteur complexe du fait de leur caractère acrobatique et de la mise en jeu de multiples degrés de liberté. Cette complexité motrice dans un environnement instable génère de l’incertitude aussi dans la réalisation technique.
  • La performance de l’évolution du funboarder est évaluée par des juges. Même si le référentiel de jugement est de plus en plus précis, il n’enlève pas la sensibilité subjective du juge. Ce paramètre non maîtrisé par le wave rider rajoute un élément d’incertitude dans l’évaluation de sa performance.

Ces différents éléments, l’incertitude environnementale (spatiale, temporelle et événementielle), la spécification du but, la complexité motrice et la subjectivité relative de l’évaluation de la performance, caractérisent la « difficulté objective » de l’épreuve de vagues.

Bibliographie:

  • Poulton E. C. (1957). On prediction in skilled movements. Psychological bulletin, n°54, page 457
  • Knapp, B. (1963). Skill in sport. London: Routledge and Kegan Paul.
  • Gentile, A. M., Higgins, J. R., Miller, E. A., Rosen, B. M. (1975). The structure of Motor Tasks. Mouvement. Actes du 7è symposium en apprentissage psychomoteur et psychologie du sport.
  • Famose, J. P. (1983). Stratégies pédagogiques, tâches motrices et traitement de l’information. In J.P. Famose, J. Bertsch, E. Champion, M. Durand (Eds), Tâches motrices et stratégies pédagogiques en éducation physique et sportive. Dossier EPS, 1. Paris: Revue EPS.
  • Famose, J. P. (1990). Apprentissage moteur et difficulté de la tâche. Paris, INSEP.

 

 

 

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